© Michel Fingerhut 1995-9 ^  

 

Françoise Lancelot:
Le 5e Congrès de S.O.S.-Racisme
La lutte contre les discriminations priorité du combat antiraciste

in l'Humanité (9 février 1998) © L'Humanité 1998
Reproduction interdite sauf pour usage personnel - No reproduction except for personal use only


Nous remercions l'Humanité de nous avoir autorisés à reproduire ce texte.
Face aux interdits racistes prononcés à l'entrée de certaines boîtes, à ceux qui frappent dans l'emploi, le logement, et la vie quotidienne, les congressistes réclament une reconnaissance 'd'utilité publique' de leur engagement.
De notre correspondante.

Julie, Fatima, Rachel, Farid, Sébastien, Chang et 400 autres militants de S.O.S.-Racisme étaient réunis à Rennes ce week-end pour le 5e Congrès de leur association. Près de trois jours de discussions non stop pour 'recentrer' l'action face aux discriminations dans les quartiers, contre le FN dont ils réclament l'interdiction de la milice (DPS) et la 'lepénisation des esprits'. De nombreuses personnalités sont venues saluer les congressistes. Artistes comme Manu Dibango, délégations étrangères, délégations françaises (le Grand Orient de France, la LICRA, le PCF avec Serge Guichard). L'Algérie était au coeur du congrès: dès la première demi-journée, une motion de solidarité était votée.

Dans son discours introductif, Fodé Sylla a réaffirmé les principes fondateurs de S.O.S.-Racisme: 'Plus de justice, plus de solidarité, plus de fraternité'; évoquant le procès Papon, il rappelait que son association a un devoir de mémoire et lutte contre l'antisémitisme. A propos du nouveau Code de la nationalité, il lançait: 'Il aurait été tellement plus simple de dire que le petit Rachid, le petit Pierre, nés dans la même maternité, fréquentant la même crèche, ont la même nationalité: française.' Il dénonçait la bête immonde qui monte, puis évoquait les ghettos sociaux en train de se former dans certains quartiers avec les risques de dérive à l'américaine, vers des ghettos ethniques: 'Les gens se lèvent dans la misère, vivent dans la violence et se couchent dans la détresse.'

Les tables rondes consacrées à trois thèmes (la lutte contre le FN; le racisme; comment faire reculer les ghettos) ont vu de très jeunes militants, parmi lesquels beaucoup de jeunes filles, échanger leurs expériences. La table ronde consacrée au FN approfondissait la réflexion sur la 'lepénisation rampante des esprits'. Les jeunes évoquaient ainsi la nécessité de lutter contre toutes les formes de discrimination.

Marie-Pierre, quinze ans, lycéenne à Toulon, a raconté comment le voyage de la mémoire fait en compagnie de 250 autres jeunes, d'anciens déportés et de Jean-Claude Gayssot, au camp d'extermination d'Auschwitz, leur a permis de mieux comprendre ce à quoi mène le racisme et ce qu'il y a derrière l'horrible jeu de mots 'Durafour crématoire'. Engagement pris: l'expliquer aux lycéens avec photos et témoignages lors de la semaine d'éducation contre le racisme du 23 au 28 mars prochain.

De très nombreux intervenants dénonçaient l'attitude raciste d'un certain nombre de policiers, les contrôles au faciès 'qui poussent les jeunes à la révolte, à la violence'. Les comités de Belfort, de Besançon expliquaient comment ils s'y sont pris pour lutter contre les discriminations à l'entrée des boîtes. 'Des discriminations à l'emploi, au logement sont, elles aussi, inacceptables', lançait une militante de Paris.

La transformation de certains quartiers en ghettos fut abordée dans plusieurs tables rondes. Le 'caïdat', le business, l'apparition d'armes à feu furent stigmatisés à travers des témoignages très forts. Un adhérent expliquait que les associations qui maintiennent les liens sociaux sont souvent le dernier rempart contre la violence et la tentation du vote FN: 'Que le gouvernement donne donc des moyens aux associations.' La délégation de Charente-Maritime a raconté comment, mécontents de l'absence d'activité dans les maisons de quartiers, les jeunes de S.O.S. se sont présentés au CA et ont gagné l'élection.

Le congrès s'est prononcé pour réclamer la reconnaissance d'utilité publique de l'association, 'afin d'aider à promouvoir un modèle républicain dans les quartiers', et a voté une charte en dix propositions sur les quartiers. Parmi ces dix propositions, la création d'un ministère de la Ville doté de vrais moyens, de milliers de postes d'éducateurs; l'installation de commerces et d'industries, créateurs eux aussi de vrais emplois; le maintien et le développement des services publics, la réhabilitation et surtout, au coeur de ce dispositif, l'application par les juges de l'ensemble des lois de la République permettant de sanctionner chaque discrimination. A ce propos, les congressistes souhaitent voir inscrit dans la Constitution que le racisme est un délit.

FRANÇOISE LANCELOT

____________________________

Server / Server © Michel Fingerhut 1996-2001 - document mis à jour le 05/12/2000 à 15h29m37s.
Pour écrire au serveur (PAS à l'auteur)/To write to the server (NOT to the author): MESSAGE